Matthieu Bethermin, entre sciences et musique…

Présentation de Matthieu Bethermin 

Astronome au laboratoire d’astrophysique de Marseille, Mathieu travaille principalement sur trois missions : 

La recherche en astronomie astrophysique : il étudie la galaxie dans l’univers relativement jeune en utilisant les ondes millimétriques pour comprendre comment le gaz se rassemble t’il avant de former des étoiles. L’idée est de savoir comment se forment les grosses galaxies de l’univers.  

Mathieu Bethermin a aussi une mission au service d’observation : il participe à la préparation d’une grande mission de l’agence spatiale européenne dont l’objectif est de cartographier un tiers de l’univers observable. Ce sont des choses plutôt techniques liées à la spectroscopie et à la mesure des distances des objets.

Enfin, il enseigne l’astronomie à l’université en la vulgarisant.  Mathieu estime qu’il est important d’enseigner l’astronomie aux étudiants en physique, mais pas que : c’est pour un point pour la culture générale des gens, faire des opérations grand public et ce genre de communication. 


Présentation de l’animation prévue pour l’événement 

L’idée était de faire un concert en petite salle, avec Nicolas Cante, d’avoir une discussion avec des lectures de textes mais également des explications plus générales sur l’astronomie et de les illustrer avec de la musique. 

Il faut savoir que la musique c’est beaucoup d’ondes, de vibrations, de choses comme ça, finalement ce sont des concepts qui sont aussi très parlants pour le physicien. Donc c’est ce qu’on avait démarré, et puis au moment où il fallait finaliser, le COVID est arrivé, donc on n’a pas finalisé le projet. 

Oui, mais votre animation sera reportée en avril, entre temps vous a-t-on proposé de faire autre chose? 

On nous a proposé de faire quelque chose en ligne, filmé. On s’était dit que c’était peut être la meilleure façon de toucher des gens actuellement, mais ça demande quand même pas mal de ressources donc c’est compliqué. Le report à été préféré.

De toute façon c’est l’affaire d’une répétition pour tout mettre en place, et nous avons quand même pleins d’idées. Donc actuellement on attend d‘avoir une date et on s’y remettra. 

Ce genre de choses se font en présentiel, donc il vaut mieux rester sur le report au printemps qui sera en présentiel. 

Pourquoi participer à Lecture par Nature? 

C’est le responsable en communication de l’observatoire des Sciences de l’univers, l’institut Pythéas qui cherchait un astronome intéressé par ce genre de choses. J’avais déjà discuté un peu de ces choses-là : de vulgarisation mais aussi d’ouverture de l’astronomie. 

Donc il a pensé à moi, c’était l’idée de faire des rapprochements disciplinaires, finalement d’aborder des thèmes très différents et vraiment avoir une rencontre qui m’intéressait dans ce projet. 

Finalement on attire à l’astronomie un public qui n’est pas forcément intéressé à la base. D’un autre côté Nicolas qui fait de la musique moderne, qui est plus accessible, attire facilement dans l’astronomie. Donc le projet me paraissait sympa alors j’ai accepté. Mais je n’ai pas pris l’initiative de lancer la chose, ça c’est fait comme ça. 

C’est la première fois que vous travaillez avec Nicolas Cante? 

Oui, je n’avais jamais travaillé avec lui, on ne s’est pas encore vu d’ailleurs, avec tout ce qui a lieu en ce moment. Mais j’ai écouté les musiques de Nicolas, j’ai vu qu’il était beaucoup inspiré par les concepts de matières noires, de mécanique quantique etc, rien que dans ces titres j’ai vue que c’était quelque chose qui m’intéressait aussi donc c’est bien, c’est un vrai dialogue. 

De mon côté j’ai fais de la musique quand j’étais gamin c’est quelque chose qui m’intéresse beaucoup mais je n’ai aucune clef d’accès, aucune culture de ça, je suis très novice. Donc c’est très bien parce que de cette façon il y a un vrai échange parce que chacun est intéressé par ce que fait l’autre. 

Pouvez vous me parler un petit peu plus de cette collaboration, à travers le projet ?

L’idée c’était de lire aussi des parties de livres et en plus de ces lectures, de finalement raconter des choses liés à l’astronomie et à l’univers, mais des petites touches. Ça ne serait pas une explication détaillée comme à une conférence mais une anecdote, un fait, une idée. Donc on avait une liste de choses et Nicolas une liste de morceaux qui lui faisait penser au cosmos et en fait on était en train de regarder ce qui s’associait bien, je lui avait filé du matériel, des idées, et j’attendais qu’il me dise ce qui l’intéressait pour ensuite finaliser.

Le voyage entre la musique et le cosmos, qu’est ce que ça évoque pour vous? 

Déjà il faut savoir que dans la musique il y a eu beaucoup d’inspiration du cosmos. Il y a toujours eu, surtout en musique contemporaine, une inspiration du cosmos. 

Après, en astronomie on observe surtout que la lumière sont des ondes, donc il y a des façons de convertir ces choses là en son. D’une certaine façon, ça produit une certaine musique. On ne parle pas d’une musicalité assez extraordinaire mais surtout de sons, par exemple les pulsars qui font des « toc toc toc » réguliers.

Plus généralement, il y a pleins de choses qui sont liées aux ondes, on prend des choses et on émet des sons, fait vibrer des cordes, ce sont des sons très simples, très purs, pour les étudiants en laboratoire. Mais finalement c’est lié. 

Il y a quand même un lien qui n’est pas si éloigné entre la physique et la musique, d’ailleurs il y a des disciplines qui travaillent sur ce lien direct. 

L’astronomie c’est sur que c’est un peu plus loin, mais finalement il y a plein d’analogies entre les vibrations dans une percussion par exemple et les fluctuations du fond cosmologique. Finalement quand on mesure les fluctuations du fond cosmologique c’est presque comme si on mesurait le timbre d’un instrument.

Après c’est un jeu compliqué, parce que ce n’est pas aussi facile de faire le lien pour un évènement grand public, mais c’est un challenge qui est intéressant. Forcément il y a des choses qui sont un peu artificielles pour les connecter. De toute façon, quand on veut être créatif, il faut aussi s’imposer des contraintes. 

Quel était le challenge de cette participation et collaboration pour vous ? 

C’était aussi de toucher un public différent d’un public standard qui vient écouter des conférences astronomiques, en général ce sont beaucoup de retraités. L’idée c’est aussi une rencontre de publics qui sont divers. 

Après c’est une expérience, je ne sais pas ce que ça peux donner, c’est vrai que c’est un peu intimidant de ne pas savoir comment ça va se dérouler. Mais dans ces expériences là les gens sont généralement très contents, parce que même si sur le coup on a l’impression de ne pas réussir, à la fin on arrive toujours à faire passer des idées.

Le challenge c’était aussi l’idée de faire du pluridisciplinaire, quelque chose qui reste finalement difficile. Mais je pense qu’on va y arriver. 

Est ce que vous auriez pensé un jour collaborer avec l’art en devenant astrophysicien ? 

C’est une liaison dont je sais qu’elle existe depuis longtemps, en particulier la musique et la physique. Mais je n’aurais jamais imaginé faire quelque chose avec un musicien professionnel, faire une représentation. Surtout que le métier d’astronome professionnel n’est pas celui qu’on entend. C‘est à dire que les images avec lesquelles on fait de la science sont rarement celles qu’on montre dans les médias, qui sont jolies. Souvent on a des images très moches qui contiennent beaucoup d’informations qui comprennent l’univers, et esthétiquement pauvres. 

Donc c’est vrai que ce côté artistique n’y est pas trop, souvent les belles images que nous voyons viennent des professionnels de l’image, pas de l’astronome. On n’est pas formé à faire de l’art. Donc c’est sûr que c’est pour moi un saut, mais en même temps c’est bien de le faire parce qu’on n’attire pas les gens sans ça. C’est histoire de dire que la sciences c’est aussi la culture et qu’elle doit être accessible aux gens, et le faire avec des artistes c’est bien. 

Pourquoi pour vous c’est bien de raconter la science à travers la musique ? 

Car finalement on montre que les gens sont prêt à aller passer du temps à comprendre la musique, à lire des bouquins pas simples à lire, et que la sciences c’est un peu la même idée: si on prend le temps d’essayer de la comprendre et que c’est expliquer d’une manière simple et efficace, ça devient super intéressant, après évidemment on évite les détails pénibles. C’est comme dans tous les métiers, on montre la partie sympa et puis la partie compliquée on l’enlève.  

Au niveau de la situation actuelle, votre planning professionnel a t il été chamboulé ? 

Je travaille encore plus que d’habitude, parce que j’ai des doctorants qu’il faut encadrer sans ce voir. On y arrive mais c’est délicat. 

Au niveau de mon travail, toutes les collaborations internationales étaient déjà en visioconférence puis tout le travail d’analyse etc, peut continuer car c’est numérique. 

Après je pense que c’est comme dans tous les métiers c’est moins stimulant de ne pas voir les gens, de ne pas voir les collègues. Même si ce sont des sujets qui nous passionnent, il y a un moment où s’enthousiasmer tout seul c’est moins sympa qu’avec des collègues. La motivation est plus dure à garder. 

Un dernier mot pour la fin ? 

On a hâte de voir des gens, et de partager notre enthousiasme, donc pour ce genre d’événement par exemple c’est typiquement le stresse la dernière semaine. C’est toujours un peu la panique, on veut améliorer jusqu’à la dernière minute. Mais après ce sont des événements qui poussent vachement la motivation parce qu’on voit les personnes motivés autour, et puis le mois qui suit on est sur un petit nuage, parce que la chose qui était difficile est finalement aboutie et réussie. Alors, on a hâte de recommencer à participer à ce genre d’événement. 

Interview réalisée par Catarina Esteves, rédigée par Catarina Esteves.

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